Filière coton : Le zonage, un scandale de plus pour le Bénin

Récolte de coton
Récolte de coton

Dans sa parution en date du 08 Août 2014, l’hebdomadaire Jeune Afrique publiait dans la rubrique économie, un article sous le titre: «Bénin: Fludor, nouveau roi du coton». Selon l’auteur de l’article (http://economie.jeuneafrique.com/regions/afrique-subsaharienne/22826-benin–fludor-nouveau-roi-du-coton–.html), la filière coton du Bénin aurait perdu environ 50 milliards de francs CFA au titre de la campagne 2013-2014. Pour remédier à l’avenir à cette situation, le gouvernement est entré en négociation avec le PDG de Fludor pour lui concéder la gestion à titre expérimental d’une zone de production (le Nord-ouest) près de 200 000 ha.

Récolte de coton
Récolte de coton

Pour qui ne connais pas la filière coton du Bénin, cette concession pourrait paraître tout à fait normale. Mais, à y voir de plus près, cette action du gouvernement ne vise pas la bonne santé de la filière coton du Bénin. «Si à la place de calmer ma douleur mon médecin m’administre un médicament qui l’accentue, je dois me poser des questions sur sa compétence». Dans le cas d’espèce, une seule question mérite d’être posée à ceux qui nous gouvernent. Connaissent-ils vraiment la filière coton du Bénin ?

La concession à Fludor de la gestion même si c’est à titre expérimental, pose deux problèmes fondamentaux : la délimitation des zones et les superficies emblavées.

La délimitation des zones

Le zonage consiste d’abord à définir et délimiter des zones de culture et de les attribuer à des opérateurs qui en assurent la pleine gestion. Cela veut dire que si le Bénin attribue une zone X à un opérateur Y, celui-ci, sans détenir formellement des titres de propriété sur les terres de culture de coton de cette zone agit pourtant comme si. En effet, il organise les producteurs à sa convenance ou presque, il assure leur encadrement et leur approvisionnement en intrants (semences, engrais, produits phytosanitaires etc.). En fait, il définit les règles du jeu et attend les résultats. L’opérateur Y est le maître absolu de sa zone et dispose les différents maillons de la filière à sa convenance. Il n’a de compte à rendre qu’à son concessionnaire qui ne peut contrôler que ce qui lui est permis de contrôler. Signalons que l’opérateur est propriétaire des usines d’égrenage de sa zone.

Pour que ce mode de gestion soit appliqué au Bénin, il faut d’abord revoir la carte d’implantation des usines d’égrenage. Dix-neuf (19) usines d’égrenage de coton sont installées au Bénin si on compte la toute dernière (CODAR) qui a été installée sans l’accord préalable de l’AIC comme le stipule clairement l’Accord cadre signé entre l’Etat et l’AIC. Les régions du sud (Cotonou jusqu’à hauteur de Savè) comptent au total neuf (9) usines tandis que celles du nord en comptent naturellement dix (10). Pour délimiter les zones, il faut tenir compte de deux paramètres fondamentaux : la propriété des usines, et les potentialités de production de la zone (nombre de producteurs, superficies disponibles et rendement moyen).

Le problème que pose le zonage au Bénin est qu’on a des usines qui sont implantées dans des zones où la production est presque nulle tandis que des zones de grande production sont sans usine. Par exemple, Trois usines sont implantées dans la seule commune de Bohicon qui ne produit même pas un gramme de coton. La production totale du plateau (Kétou, Adja-Ouèrè et Bonou) n’a jamais atteint 2000 tonnes alors que sur le territoire de Kétou est implantée une usine de capacité 25.000 tonnes. La production totale des Communes du département du Couffo n’atteint pas 5.000 tonnes alors qu’une usine de 36.000 tonnes y est installée (Hagounmé). Si on considère la zone Nord-Ouest qui serait l’objet de négociation avec l’opérateur Fludor, une seule usine (Pehunco) est implantée dans cette vaste zone. Le propriétaire est bien connu dans la filière et il reste à savoir s’il est prêt à céder son usine. Autrement, que va faire l’Etat ? Réquisitionner comme c’est déjà le cas pour les usines de la SODECO ? Ou l’opérateur devra installer une autre dans un contexte où le Bénin est déjà en surcapacité ?

En gros, réussir le zonage dans le contexte actuel du Bénin, revient à revoir la carte d’implantation des usines d’égrenage et au besoin procéder à des délocalisations qui ne coûteraient certainement pas moins chers aux contribuables.

 

Les superficies emblavées

La superficie doit être appréciée au regard des récentes statistiques et des potentialités de la zone. Une étude des potentialités est indispensable pour définir les bases réelles de calcul. Pour la zone du Nord-Ouest qui serait en cours de négociation quelle étude a permis d’avancer le chiffre de 200 000 ha ? La faible production dans cette zone pose le problème de l’existence des producteurs capables de s’investir physiquement dans une production à grande échelle comme l’exigerait un acteur privé ?

Face à toutes ces interrogations qui sont pour la plupart sans réponse, faut-il avancer quand-même ?

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