INTERVIEW : AMAB, une réponse aux nombreux risques du secteur agricole

M. Tiburce KOUTON DG/AMAB
M. Tiburce KOUTON DG/AMAB

Monsieur Tiburce KOUTON est Ingénieur agronome. Après avoir fait une bonne partie de sa carrière professionnelle aux côtés des Organisations de Producteurs, il est aujourd’hui le Directeur Général de l’Assurance Mutuelle Agricole du Bénin (AMAB). Il nous parle ici des débuts de l’assurance agricole au Bénin et de ses perspectives.

AMAB pourquoi ? Le contexte béninois est-il  suffisamment propice au développement de l’assurance agricole ?

M. KOUTON : Je vous remercie pour l’opportunité que vous m’offrez de parler de l’AMAB. Je commencerai par vous dire comment l’AMAB est née et vous comprendrez pourquoi elle devrait naître. Dans son souci de promouvoir le secteur agricole, le Gouvernement du Bénin a élaboré le Plan Stratégique de Relance du Secteur Agricole (PSRSA) qui a été décliné en Programme National d’Investissement Agricole (PNIA) conformément à la Politique Agricole Régionale (ECOWAP). Un des axes de ce plan est l’accès au financement qui prend en compte les mécanismes assuranciels. Compte tenu du rôle très important joué par les OP dans l’élaboration et l’adoption du PSRSA, je puis vous dire que la mise en œuvre de mécanismes de prévoyance agricole est une préoccupation non seulement du Gouvernement mais aussi de l’ensemble des acteurs du secteur agricole. Une étude commanditée à cet effet par l’Office National de Soutien des Revenus Agricoles (ONS) en 2002 avait déjà permis de montrer la vulnérabilité des producteurs et donc leur conscience face aux risques agricoles. Les résultats de cette étude ont été validés par les acteurs et donc adoptés par le Gouvernement qui en a fait une de ses priorités. Un comité a été mis en place, pour conduire le processus devant aboutir à la mise en place d’une structure de prévoyance agricole au Bénin. L’AMAB est le fruit de ce processus.

C’est une structure mutualiste créée par les producteurs avec pour vocation de promouvoir l’assurance agricole au Bénin. La forme mutualiste se justifie par :

–          La méconnaissance du secteur par les compagnies qui ne veulent pas s’y aventurer ;

–          Le coût du déploiement en zone rural ;

–          La nécessité pour l’Etat (bailleur principal) de rester dans son rôle régalien ;

–          La nécessité de permettre aux bénéficiaires d’être en même temps propriétaires de l’entreprise.

 

Quels sont le produits actuels de AMAB et quelles sont les perspectives pour le futur ?

M. KOUTON : Sept (7) produits sont actuellement commercialisés par l’AMAB. Il s’agit de :

–          L’Assurance multirisque récoltes (AMR) ;

–          L’Assurance mortalité de bétail (AMB) ;

–          L’Assurance individuelle accident (AIA) ;

–          L’Assurance maladie (hospitalisation) ;

–          L’Assurance automobile (AA) ;

–          L’Assurance multirisque bâtiments et entrepôts agricoles (AMBEA) ;

–          L’Assurance multirisque maraîchage (AMM).

D’autres produits, tels que l’assurance indicielle (AI) est en phase d’expérimentation dans la zone de N’Dali comme commune pilote et l’Assurance Mortalité de volailles (AV)  dont le dossier est en cours de finalisation.

En termes de perspectives, nous avions démarré en 2011 avec 12 Communes. Aujourd’hui, nos bureaux sont en mesures de couvrir tout le territoire et nous comptons pouvoir disposer d’un bureau dans chacune des 77 Communes du Bénin.

 

Pour être plus concret, on suppose qu’un client se présente à AMAB et déclare avoir mis en place 10 ha de maïs qu’il souhaite souscrire AMR. Comment se calcule la prime ?

M. KOUTON :  Etant une mutuelle nous invitons nos clients à remplir la fiche d’adhésion et à payer le droit qui s’élève à 5.000 F CFA. Cela permet au client de bénéficier désormais de nos services en tant que membre et non en tant que simple client.

Au niveau de toutes les Communes où nous sommes représentés, nous avons des agents d’encadrement en poste dans les CARDER qui nous appuient pour la certification des mesures des parcelles et la détermination des rendements moyens pour chaque type de culture. Ceci dit, le calcul de la prime se base fondamentalement sur les déclarations de l’assuré.  Par exemple l’assuré qui déclare une superficie X et attend à la récolte une quantité Y de maïs qui coûterait T La prime AMR serait calculée avec ces données fournies par l’assuré. En cas de survenue de l’un quelconque des risques couverts et qui occasionnerait des pertes à la récolte, l’assuré percevra une indemnité couvrant  87,5% de la valeur de la perte.

Pour les animaux, l’assuré déclare l’âge, le poids et le coût de chaque tête du troupeau. La prime est calculée sur la base de ces déclarations. En cas de mortalité pour les risques couverts, il percevra une indemnité de 80% de la valeur déclarée.

 

En cas de survenue de l’un quelconque des risques comment se calcule l’indemnité ? Parlant de risques comment l’évaluer pour s’assurer que c’est lui qui a provoqué la perte de récolte ? Y a-t-il un rendement planché pour chaque culture ?

M. KOUTON : En fait nous n’avons pas besoin d’être très fin dans ces détails. Nous avons dans chaque zone des agents qui sont nos experts en matière s’évaluation des risques.  Il y a des criques spécifiques pour chaque produit. Je prends au hasard l’Assurance multirisque récolte (AMR).  Le risque couvert est la perte de récolte. Elle peut être causée par l’absence ou l’insuffisance de pluie ou par son excès, ou même par l’invasion des sauterelles, des animaux sauvages ou en transhumance.

Pour la détermination de l’indemnité on se base essentiellement sur les déclarations de l’assuré.  On a une idée des rendements moyens par culture. Mais la prévision de récolte de l’assuré reste la base de calcul puisque c’est elle qui a permis de déterminer la prime payée par l’assuré.

 

Après quelques années d’activités l’assurance agricole a-t-il un avenir au Bénin ? Que faudra-t-il faire pour son élargissement à tous les agriculteurs ?

M. KOUTON : Avec plus d’un millier d’adhérents, on peut à priori dire que l’AMAB est bien partie. Encore faut-il que les membres consomment effectivement les produits. Nous déployons beaucoup d’effort pour la sensibilisation.  Pour élargir davantage le nombre des adhérents, nous essayons déjà de couvrir le territoire malgré les moyens limités. Nous gardons l’espoir que les produits se consommeront davantage quand les producteurs comprendront l’importance de l’assurance dans leur vie.

Pour en savoir plus : www.amab.bj

Propos recueillis par Joachim SAIZONOU

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