Interview : «Les exigences du marché sont trop contraignantes pour l’ananas du Bénin»

M. Dieudonné ALADJODJO Directeur Général de PROMOFRUITS-Bénin
M. Dieudonné ALADJODJO Directeur Général de PROMOFRUITS-Bénin
M. Dieudonné ALADJODJO Directeur Général de PROMOFRUITS-Bénin
M. Dieudonné ALADJODJO Directeur Général de PROMOFRUITS-Bénin

Monsieur Dieu-Donné ALLADJODJO est producteur d’ananas. Il a été élevé au grade de Chevalier de l’Ordre du Mérite Agricole du Bénin. Originaire de la région d’Allada où l’ananas est la culture de rente par excellence, il a commencé à s’intéresser sérieusement à cette culture en 1996 quand il était encore élève au Lycée Technique Coulibaly de Cotonou. Aujourd’hui, Monsieur ALLADJODJO est à la tête d’une coopérative et Directeur Général de PROMO-FRUITS Bénin, une société créée par la coopérative pour gérer l’unité industrielle de transformation de l’ananas en jus IRA vendu en cannettes. Il nous parle ici de son parcours qui, au départ, n’a pas été des plus faciles.

 

Vous-êtes Directeur Général de Promo-Fruits Bénin. D’où est venue cette appellation ?

M. ALLADJODJO : Promo Fruits Bénin est le nom de la société industrielle qui transforme l’ananas en jus naturel et qui met ce produit en cannettes pour la grande consommation. Mes paires producteurs d’ananas et membres comme moi de la Coopérative IRA ont bien voulu placé leur confiance en moi en me nommant Directeur Général de cette société que je dirige depuis sa création en 2003.

 

Fiche produit

Fruit de la famille des Broméliacées, l’ananas contient 85% d’eau et 12 à 16% de sucre. Il est riche en potassium et en vitamines notamment les vitamines A et B. Il contient la broméline, une enzyme protéolytique dont l’activité est semblable à celle de la papaïne (digestive).

L’ananas est produit au sud du Bénin, principalement  dans les Commune d’Abomey-Calavi, de Zè, de Tori, de Kpomassè, d’Allada et de Toffo. Les variétés cultivées sont :

  • Le Cayenne lisse (variété produite essentiellement pour l’exportation)
  • Le Abacaxi (ou pain de sucre) qui se produit pour les marchés locaux et régionaux

Selon les statistiques qui couvrent la période de 2000 à 2009, la culture de l’ananas couvre une superficie totale de 2.200 ha (2007) pour une production de 150.000 tonnes. Cette activité occupe 1.055 producteurs individuels ou regroupés en coopératives. Les rendements moyens atteignent 58 tonnes/ha

Avant d’être Directeur Général de la société Promo Fruit Bénin, vous étiez producteur d’ananas. Comment s’est opéré ce passage de la production à la transformation ?

M. ALLADJODJO : Originaire de Sékou, dans la Commune d’Allada, je suis fils de paysan et l’ananas était produit pour les besoins de la famille. Quand j’ai intégré le Lycée Technique Coulibaly à Cotonou, j’ai commencé des réflexions sur cette culture et, de mes contacts avec d’autres producteurs de la région, il ressort qu’on pouvait bien gagner sa vie avec même un demi-hectare si on respecte bien l’itinéraire technique. Avec d’autres jeunes de la localité, j’ai pu suivre des formations données par des cadres du Centre Communal pour la Promotion Agricole (CeCPA) avec l’appui des partenaires techniques et financiers. C’est ainsi que je me suis véritablement installé comme producteur d’ananas. Etant l’un des rares lycéens à revenir à la terre, mes collègues ont placé leur confiance en moi pour les représenter dans les  différentes organisations de producteurs. C’est ainsi que j’ai pu accéder à la prestigieuse fonction de Président de la Chambre Départementale d’Agriculture Atlantique-Littoral. C’est à ce poste que j’ai été reçu dans l’ordre du mérite agricole.

A cette époque, ma production comme celle des mes paires étaient confrontées à de sérieux problèmes de débouché. Vendre localement revenait tout simplement à brader sa production. Du côté de l’exportation, les exigences des marchés ne permettent pas aux producteurs du Bénin d’exporter une grande quantité : Seulement 2% de la production au niveau national est exportée. Face à cette situation, la transformation est la seule alternative.

La Coopérative IRA

Création : 1998

Lieu d’implantation : Allada/Arrondissement de Sékou

Membres : 28 exploitants agricoles exclusivement des producteurs d’ananas

Superficie : En moyenne 2,5 ha par membre soit au total 70 ha

Production annuelle : 4.060 tonnes de fruit frais

Mode d’écoulement : Avant la création de Promo Fruit Bénin, la production était orientée vers le marché local. Seulement une infirme partie était exportée. Avec la création de Promo Fruit Bénin, toute la production de la coopérative est livrée à l’usine pour la transformation. Tous les coopérateurs sont actionnaires de Promo Fruit Bénin

Parlez-nous alors des contraintes liées à l’exportation : la qualité ?

M. ALLADJODJO : En fait la question ne se pose pas au niveau de la qualité du fruit. Il s’agit plutôt de la coloration du fruit. L’Européen n’achète pas le fruit. Il achète plutôt la couleur de la peau. En effet, les normes  imposées par l’Europe sont trop contraignantes. Quand le fruit n’a pas une coloration uniforme, il est rejeté. Quand il est trop gros c’est-à-dire plus de 2,4 kg, il est rejeté. Quand son poids est inférieur à 1,4 kg il est encore rejeté. Pour avoir la coloration uniforme recherchée par l’Union Européenne, il faut appliquer un produit chimique à une dose bien précise. Malheureusement, le climat du Bénin ne permet pas d’avoir cette coloration uniforme à la dose prescrite. Il faut augmenter pour avoir le résultat escompté. A ce niveau, vous tomber dans la limite maximale de résidus donc le fruit est rejeté. Lors du passage de l’Ethrel, si le produit touche la couronne, elle se rétrécie.  Pour cela, le client européen pense que c’est un mauvais fruit et le rejette. Avec toutes ces exigences du marché, le Bénin n’a jamais pu exporter  plus de 2% de la production.

Les canettes de jus d'ananas produites par PROMOFRUITS-Bénin
Les canettes de jus d’ananas produites par PROMOFRUITS-Bénin

Comment s’est alors passé le passage à la transformation ?

M. ALLADJODJO : Nous étions un  certain nombre de producteurs qui sont tous confrontés au problème de marché. Au départ, nous n’avions pas envisagé la transformation par nous-mêmes de nos produits. Ma position à la Chambre d’Agriculture du Bénin a permis que cette préoccupation soit prise en compte pour des actions de plaidoyer en faveur de l’utilisation des fruits locaux par la plus grande brasserie du pays pour la fabrication des boissons gazeuses. Malheureusement toutes les démarches entreprises dans ce sens se sont soldées par un échec. On nous a dit que nous évoluons dans un environnement concurrentiel  et que l’Etat ne peut pas imposer à la SOBEBRA l’utilisation de telle ou telle matière première.  Face à cette situation, nous avons compris qu’il fallait que nous prenions nous-mêmes notre destin en main.  La décision fut prise lors d’une Assemblée Générale de 2003 d’aller vers la transformation. Et j’ai été alors nommé Directeur Général de la Société à créer pour assurer la gestion de cette fonction.

Aujourd’hui Promo-Fruits Bénin est une véritable industrie. Comment en êtes-vous arrivé là ?

M. ALLADJODJO : Avec les premiers équipements que nous avions acquis sur des fonds propres pour nous lancer, on n’arrivait à transformer seulement 200 kg d’ananas par jour. Avec le temps, la coopérative a eu des reconnaissances au plan national et a bénéficié de nombreuses formations et assistance technique. Des partenaires techniques et financiers ont cru à la chose et n’ont pas hésité à nous accompagner avec des subventions. Face à l’intérêt grandissant pour nos produits, il a été jugé nécessaire d’aller au crédit bancaire pour renforcer les équipements. Aujourd’hui nous avons définitivement tourné le dos aux procédés artisanaux. Nous disposons d’une chaîne de transformation ultramoderne qui réduit l’intervention humaine seulement à l’épluchage des ananas et leur mise en tranches. Une fois les tranches introduites dans la machine, ce sont les cannettes qui sortent  pour le processus d’emballage (mise en carton). Au départ c’était aussi des bouteilles de récupération qu’on utilisait. Aujourd’hui nous avons personnalisé notre emballage : les cannettes. Nous transformons plus de 80 tonnes d’ananas par jour.

Comment se présente le jus que vous mettez en consommation ?

M. ALLADJODJO : Notre unité est située au cœur de la zone de production d’ananas qui est notre seule matière première. Notre jus est de l’ananas pressé pasteurisé et mis en cannettes. Il n’y a pas d’eau, pas de sucre, pas de colorant et pas de conservateur. C’est seulement la pasteurisation qui permet au jus d’avoir une durée de vie plus ou moins longue.

 

PROMO FRUITS BENIN

Société anonyme créée en 2003 pour la production et la mise en bouteille de jus d’ananas. A sa création, Promo Fruits Bénin transformait seulement 200 kg de fruits par jour et le jus était mis en bouteilles recyclables de 25 cl vendus exclusivement sur le marché local.

Après plusieurs formations et des appuis obtenus des partenaires techniques et financiers, sans oublier l’accompagnement des banques locales, Promo Fruits Bénin a procédé au renouvellement complet de son équipement de transformation. Depuis 2010. Promo Fruits Bénin transforme jusqu’à 80 tonnes de fruits par jour. Le nouvel équipement permet un traitement automatique des fruits jusqu’à la mise en cannettes.

La production de la coopérative ne suffit plus pour alimenter l’usine. Promo Fruits Bénin a signé des accords avec d’autres coopératives et même des producteurs individuels qui lui fournissent des fruits suivant une programmation bien établie.

Pour garantir cet approvisionnement, Promo Fruits Bénin achète les intrants (engrais et fongicides) auprès des fournisseurs qu’il met en place à crédit auprès des coopératives et producteurs partenaires. Le remboursement se fait après livraison des fruits.

Les prix sont négociés et fixés de commun accord et sont inscrits dans les documents contractuels.

Le jus d’ananas IRA n’a pas eu besoin d’une campagne médiatique pour se positionner sur les marchés de la sous-région. A peine il a été lancé, les distributeurs habituels venant du Mali, du Niger du Burkina-Faso, du Nigéria et du Sénégal ont été séduits par le conditionnement et se sont fait réserver des lignes d’approvisionnement. De ce fait, IRA est plus connue dans la sous-région qu’au Bénin.

Avez-vous obtenu les autorisations nécessaires pour la mise en consommation de ce jus ?

M. ALLADJODJO :  Les cannettes de jus d’ananas IRA se retrouvent presque partout au Bénin et dans la sous région Ouest-Africaine. Pour en arriver là, il a fallu qu’on soit autorisé. Promo Fruits Bénin a eu l’autorisation du Ministère de l’Industrie et du Commerce (MIC) pour exercer son activité. Le produit IRA est contrôlé et certifié par la DANA. Nous avons obtenu les agréments de l’UEMOA et de la CEDEAO.

Quels sont vos rapports avec vos partenaires ?

M. ALLADJODJO : Nos partenaires privilégiés sont les producteurs qui nous fournissent la matière première. Ceux qui sont les plus privilégiés sont les membres de notre coopérative. Les autres sont aussi organisés et c’est avec leurs organisations que nous entrons en négociation pour la mise en place à crédit des intrants et l’organisation de l’approvisionnement.

Quelle démarche faites-vous pour assurer l’écoulement de vos produits ?

M.ALLADJODJO : Nous n’avons pas une stratégie particulière. Nous sommes en relation avec des grossistes dans presque tous les pays de la sous région : Nigéria, Ghana, Togo, Mali et Burkina-Faso. C’est-eux qui viennent prendre les produits et nous n’avons presque jamais de stock qui ne soit pas destiné à un client particulier.

Propos recueillis par Joachim N. SAIZONOU

3 Comments

  1. Je vous souhaite beaucoup de courage. Vous constituez une source d’inspiration pour la jeunesse. c’est pourquoi je pense que vous devez passer à la télé pour parler de votre expérience; et faire si possible des conférences-débats sur la transformation agricole.

  2. je suis tellement ému par votre idéale création et souhaite un bon vent pour vous.
    de plus je veux savoir si vous êtes prêt à avoir d’autre partenaire?
    Merci de me donner la suite.

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