La citronnelle locale ou le thé vert importé ?

A l’arrêt obligatoire (pour cause d’embouteillage) du grand carrefour Akossombo, une dame surgit de nulle part, bébé au dos, un grand sachet plastique noir en main et commence à circuler au milieu de la longue file de voitures en proposant aux conducteurs et passagers le contenu de son sachet. Quand elle s’approcha de moi, j’ai compris que c’était des bottes de citronnelles bien liées qu’elle vendait au prix de 100 F CFA l’unité. Sans hésiter, je demande deux bottes et lui remis les deux cents francs qu’elle s’empressa de fourrer dans une sacoche qui pendait à son cou. J’offre une botte à mon collègue de service que j’allais déposer un peu plus loin au bord de la route.

Une botte de feuilles vertes de citronnelle (environ 500 g), la famille en a eu pour deux semaines d’utilisation matin (pour le petit déjeuner des enfants) et soir (pour le breuvage somnifère de tous : effusion de citronnelle plus citron coupé en tranche avec la peau plus du miel à volonté). Quoi de plus noble ? A comparer avec le thé vert du commerce : une boîte de 25 sachets dose au prix de 2.000 F CFA. Au-delà de l’élégance, le thé vert n’a rien de plus vert que les feuilles fraiches de citronnelle.

Depuis plusieurs semaines que mon stock est épuisé, je guette en vain cette dame bébé au dos. La conclusion est qu’elle ne se présente plus à ce carrefour du moins pas aux heures de sortie où se forme la très longue file d’attente. Deux hypothèses :

La première hypothèse est qu’elle n’avait pas réussi à écouler toutes les bottes et donc si elle doit défalquer le déplacement du peu qu’elle a vendu, l’affaire n’est pas jouable donc il faut laisser tomber. La deuxième hypothèse pourrait être la non disponibilité du produit en cette saison sèche.

La première hypothèse est la plus probable puisque c’est le marché qui détermine la disponibilité du produit. Imaginons un instant que comme moi, dix ou quinze autres conducteurs ont fait attention à la dame bébé au dos en achetant chacun une botte de citronnelle. Elle aurait probablement fini son stock en très peu de temps, serait repartie chercher un autre stock qu’elle aurait probablement écoulé très vite. Dans ce cas le marché aurait accueilli favorablement le produit. Le lendemain, ce ne serait plus seulement la dame bébé au dos qui se présenterait avec des bottes de citronnelle. Il y en aurait d’autres et le nombre va se multiplier avec le temps. D’autres carrefours recevront des vendeurs ou vendeuses de citronnelles. Avec la demande croissante, la citronnelle qui pousse presque sauvagement, deviendra un produit de jardin avec tous les soins requis. Une autre filière qui naît pour les jardiniers.

 

Que dire de nous autres Akowé ?

Le premier grand concerné est le Ministre en charge de l’agriculture. Il s’organise presque tous les jours des réunions de travail avec des partenaires à qui le Ministre offre volontiers du thé vert (produit agricole mais importé). C’est très agréable et bien présentable. En contrepartie de l’accueil très chaleureux, le Ministre obtient pour le pays des projets qui permettront d’acheter encore plus de véhicules 4 x 4 pour visiter en tenue d’apparat les producteurs en tenue de travail. Que fait-il pour que le producteur vende mieux son produit ? Pour ça, Monsieur le Ministre n’a pas de solution.

Le deuxième grand concerné est le Directeur Général de la grande muette : la recherche. «Nous avons des centaines de milliers de résultats de recherche qui sont disponibles… ». Ces résultats sont juste disponibles dans les laboratoires, mais pas dans les champs. Dans le même temps, le DG accueille royalement ses hôtes avec des produits importés en oubliant que ce sont ses services qui développent les technologies et donc qu’il devrait être le premier à encourager la consommation des produits qui en sont issus.

 

Et le thé vert…

Le thé vert à la menthe, produit de BELLE France, se laisse consommer sans problème. Ce sont de petits sachets dose contenant certainement des feuilles peut être de menthe complètement déshydratées (passées au four) et conditionnées pour être directement consommées. Ce procédé est-il vraiment étrange pour les béninois que nous sommes ? A la Faculté des Sciences et techniques de Dassa-Zoumé, la technique est très connue et déjà expérimentée avec des feuilles aromatiques de la localité. Au Bénin, la citronnelle n’est pas la seule feuille aromatique. Il y a bien sûr la menthe qui se cultive dans les jardins de Cotonou et environs, il y a le «Shiayo» et bien d’autres.

Notre suggestion est qu’au-delà de tout ce que le gouvernement peut faire pour promouvoir telle ou telle filière agricole, il faut qu’au besoin, il prenne des décrets ou des projets de lois pour accorder la priorité à la production locale. Il faut que l’argent du contribuable béninois n’achète plus à l’extérieur ce que d’autres béninois s’échinent à produire et qu’ils ont du mal à écouler sur le marché.

J. N. S.

1 Comment

  1. Salut. super cet article. c’est vraiment une question d’éducation qui se pose par rapport à la promotion des produits sains locaux. Ça me donne quand des idées…

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