La mise en place d’un cadre consensuel de gestion de la filière coton est-elle possible tout de suite au Bénin ?

«Il n’est jamais trop tard pour bien faire». Après avoir conduit la filière coton pendant deux campagnes agricoles, le Gouvernement vient de se rendre compte qu’il avait emprunté un mauvais chemin. La charge est maintenant confiée à un comité de réfléchir sur la mise en place d’un cadre consensuel de gestion de la filière coton au Bénin.

Le comité dispose de trois semaines pour déposer son rapport. Le comité aurait été mis en place juste au lendemain de la crise en 2012 et les membres auraient la tâche relativement plus facile. Aujourd’hui, avant d’aboutir à une proposition consensuelle, il y a des préalables à lever.

 

Les préalables

  1. Les contentieux qui sont pendants devant les juridictions nationales et internationales : Le tout premier est l’abrogation de l’Accord-Cadre signé par sept (7) Ministres du Gouvernement et Trois (4) haut responsables de l’Association Interprofessionnelle du Coton (AIC) puis homologué au Tribunal de Première Instance (TPI) de Cotonou pour une durée de cinq (5) ans renouvelables. Cette abrogation qui est intervenue deux ans avant le premier terme échu de l’Accord-Cadre a causé l’arrêt du fonctionnement de l’AIC. Les conséquences sont :
  1. La suspension avant terme de tous les contrats de gestion qui liaient l’AIC à ses nombreux prestataires ;
  2. La suspension avant terme de tous les contrats de gestion qui liaient la CSPR-GIE à ses nombreux prestataires ;
  3. Le licenciement économique de tout le personnel des deux structures et des nombreux agents d’encadrement formés et équipés pour intervenir directement auprès des producteurs ;

Etc.

Le second est la réquisition manu militari des intrants propriétés d’un acteur privé dans ses magasins à Cotonou et à Allada et aussi en haute mer ;

La réquisition des 10 usines de la SODECO qui est une société d’économie mixte ;

Les nombreux cas d’appel d’offre gagnés et notifiés et qui par la suite ont été annulés après les opérateurs concernés aient engagé des frais ;

Pour ne citer que ceux-là.

  1. Régler définitivement la question des 17% des parts de la SODECO.

 

Après ces points de préalable, il faut définir le mode de gestion de la filière et sur quelle base juridique reposera-t-il ? D’où la question mainte fois occultée de la loi d’orientation agricole. En l’absence de cette loi que peut encore proposer le comité en dehors du cadre de gestion interprofessionnelle qui est à ce jour le mode avancé de gestion du partenariat public-privé ? Ce mode de gestion auquel l’Etat a mis fin en 2012 peut-il revenir comme proposition du Comité ? Qu’est-ce qu’on lui reprochait ?

Oublions les accusations de fausses déclarations des chiffres de la production. Cela n’existe pas. C’est une invention tout juste pour justifier les forfaits commis pour mettre fin à la gestion interprofessionnelle.

On peut reprocher à l’AIC la faible production sur plusieurs campagnes consécutives (2005 à 2012). Certes, la gestion étatique a permis l’augmentation de la production, mais à quel coût ? Au prix des nombreuses missions au sommet de l’Etat et au prix du financement des campagnes agricoles par les banques.

Si les travaux du comité doivent aboutir à la proposition de gestion interprofessionnelle, qui seront les acteurs ? Les coopératives qui existaient au temps de l’AIC ont été toutes démantelées. Celles qui ont été créées de toute pièce par l’Etat sont politiques et donc travaillent pour un homme. Quand cet homme ne sera plus là, pourra-t-on encore les mettre au travail ? Les égreneurs sont aujourd’hui divisés sur la question d’égrenage à façon. Qui pourra les réunir autour d’un même idéal ? Et quel sera cet idéal ?

Les fournisseurs d’intrants sont tous découragés par de nombreux appels d’offres gagnés et annulés par l’Etat.

Une des pistes qui est déjà proposée au comité est le zonage. Il est inutile de revenir sur les avantages et les inconvénients de ce mode de gestion qui a déjà fait l’objet de nombreux écrits. Quel que soit le mode de gestion que pourra proposer le comité, trois semaines restent limitent pour sortir quelque chose qui soit immédiatement applicable. Pour aboutir à un vrai cadre consensuel de gestion, il faut absolument mettre une croix sur un comité mis en place par le Gouvernement et penser aux états généraux du secteur coton qui réunira tous les acteurs de la filière. Il faut permettre à tous ceux qui ont été blessés par les dérives du gouvernement de s’exprimer. Il faut permettre que l’assise dise PLUS JAMAIS CA. Il faut que la justice tranche les contentieux et que les dommages soient réparés. Ce n’est qu’après cela qu’on pourra parler de cadre consensuel de gestion de la filière coton au Bénin.

 

Joachim SAIZONOU

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