La production des semences de maïs

Firmin Goutoessi, producteur semencier à l'UCP d'Ifangni
Firmin Goutoessi, producteur semencier à l'UCP d'Ifangni

 

Firmin Goutoessi, producteur semencier à l'UCP d'Ifangni
Firmin Goutoessi, producteur semencier à l’UCP d’Ifangni

La semence certifiée est celle-là qui peut être commercialisée et que le producteur ordinaire peut utiliser avec la garantie d’une production optimale si toutes les autres conditions de réussite sont réunies pour la culture. Quel itinéraire technique doit suivre l’agriculteur multiplicateur afin de produire cette semence acceptable pour la certification?

Qui peut produire la semence ?

Les producteurs semenciers (personnes agréées détentrices de la carte professionnelle délivrée par la structure compétente habilitée) sont les seules régulièrement autorisées à produire des semences qui vont être certifiées. Signalons que l’agriculteur-multiplicateur (en contrat avec un producteur semencier) est celui qui applique les règlements techniques de production sur le terrain. La présente fiche technique sur la production de semences de maïs s’adresse exclusivement aux producteurs semenciers. Le processus qui permet d’aboutir à la semence dans le cas précis du maïs, comporte 6 étapes qui sont :

  • Le choix de la variété ;
  • Le choix et la préparation du sol ;
  • Le semis ;
  • La fumure et la fertilisation ;
  • L’entretien
  • La récolte et les opérations poste-récolte;

A chacune de ces étapes correspondent des opérations bien précises que l’agriculteur-multiplicateur doit exécuter rigoureusement.

 

ETAPE 1 : Le choix de la variété

Plusieurs variétés de maïs sont actuellement en vulgarisation au Bénin. Toutes sont des variétés composites, donc à pollinisation ouverte. Le Bénin n’a pas encore homologué les hybrides de maïs dont la production de semences est plus complexe.

Aucune variété ne doit être multipliée et commercialisée si elle n’est pas inscrite au Catalogue Béninois des Espèces et Variétés végétales (CaBEV) ou au Catalogue Ouest Africain des Espèces et Variétés végétales (COAfEV).

Le choix des variétés à multiplier dépend des objectifs de production, de la zone climatique dans laquelle se situe la parcelle de multiplication de même que de la demande du marché.

Les variétés en vulgarisation et dont les semences sont actuellement produites et distribuées sont réparties dans quatre (4) groupes de maturité que sont :

}  variétés tardives (120 jours) :  TZPB-SR et ACROSS TZL COMP4C4F2,

}  variétés intermédiaires (110 jours) :  FAABA/QPM, DT SR-W C0, et IWDC2Syn.F2

}  variétés précoces (90 jours) : DMR-ESRW, DMR-ESRW/QPM, EVDT97 STR W, AK94 DMR-ESRY, TZE Composite 3 DT et Bag TZE Composite 3×4

}  variétés extra-précoces (75 jours) : TZEE-SRW et 2000 Syn. EEW.

Carte de répartition des variétés

 

Etape 2 : Choix et préparation du sol

Le choix du terrain est très important pour réussir une bonne production de semences de maïs. Il doit répondre aux critères suivants :

}  être riche en matière organique, bien drainé et profond ;

}  être accessible à tout moment de la saison de culture à cause des visites de contrôle ;

}  couvrir une superficie minimale de 2 hectares selon la règlementation en vigueur.

Il faut éviter :

}  les précédents culturaux céréales ;

}  les champs infestés de Striga spp., des mauvaises herbes vivaces telles que les Cyperaceae, l’Imperata cylindrica (chiendent), les Commelinaceae, etc. ;

}  les champs où la densité d’arbres est élevée (>40 arbres par hectare) : les plants de maïs ne produisent pas bien sous ombrage.

}  les champs infestés de termites

Il faut également respecter les normes d’isolement de tous autres champs de maïs (cf. chapitre III).

 

Une bonne préparation de sol favorise une levée homogène des plants et un bon un bon enracinement des plants.

Trois opérations sont nécessaires :

}  le nettoyage du terrain qui consiste à éliminer les mauvaises herbes par un fauchage ou un bon gyrobroyage ;

}  le labour qui doit être profond (20 à 30 cm) et se faire perpendiculairement à la pente à l’aide d’un tracteur ou la culture attelée après une bonne pluie.

}  le nivellement du sol par une bonne pulvérisation ou hersage au moins 15 jours après le labour.

Le lit de semis doit être plat pour une meilleure efficacité de l’herbicide et l’obtention de la densité de semis recommandée. Le billonnage direct avec la daba ne permet pas l’obtention d’une bonne densité.

Etape 3 : Semis

Il peut être manuel ou mécanique. Si le semis est réalisé manuellement, l’écartement entre lignes consécutives est de 0,80 mètre et entre poquets sur la ligne, il est de 0,40 mètre. Il faut deux (2) plants par poquets ; ainsi, la densité est de 62.500 plants par hectare. Si les semences sont de très bonne qualité, il est conseillé de semer 2 graines par poquet pour éviter le démariage qui coûte cher et prend du temps.

Pour faciliter le semis en lignes, utiliser des piquets et les ficelles de semis visiblement bien graduées (40 cm). Utiliser les piquets de 80 cm pour la délimitation des lignes de semis.

Si le semis est réalisé avec un semoir (semoir pneumatique à 4 rangées avec disques maïs ou culture attelée), l’écartement entre lignes est de 0,80 mètre et entre poquets sur la ligne est de 0,20 mètre avec une graine par poquet. La densité est de 62.500 plants par hectare. Il faut bien régler le semoir pour obtenir les écartements conseillés.

 

Etape 4 : Fumure et fertilisation

La fertilisation consiste en un apport d’éléments fertilisants à la culture sous la forme de matière organique (fumier de ferme, compost ou résidus de récolte) et/ou d’engrais minéraux (complexe coton NPK-SB,  Urée ou toute autre formulation propre à la culture).

Il est conseillé pour la production des semences de maïs :

  • La fumure de fond pour toutes les variétés : il y a deux cas de figure
  • 1er cas : Le contrôle des mauvaises herbes se fait par un herbicide sélectif de prélevée : appliquer après le labour et avant les semis

type et dose : 200 kg/Ha de NPK-SB (14-23-14-5-1) à la volée sur sol humide. Cela correspond à 4 sacs de 50 kg. L’épandage doit être uniforme sur le terrain.

  • 2ème cas : Autre mode de contrôle des mauvaises herbes : appliquer au plus tard 15 jours après le semis

type et dose : 200 kg/Ha de NPKSB (14-23-14-5-1) enfouillis par poquets fermés à 5 cm des plants sur sol humide. Cela correspond aussi à 4 sacs de 50 kg.

  • Fumure de couverture

Epandre 100 kg/Ha d’urée (46% N) en raies le long des lignes de semis et refermer aussitôt par un bon sarclo-buttage. La période dépend du cycle de la variété semée.

}  variétés de 120 jours : 35 à 45 jours après le semis ;

}  variétés de 105 jours : 30 à 40 jours après le semis ;

}  variétés de 90 jours : 30 à 35 jours après le semis ;

}  variétés de 75 jours : 30 jours après le semis.

NB

–       En cas de disponibilité d’autres formules de NPK, procéder au calcul des éléments fertilisants afin de déterminer la formule d’engrais à appliquer.

–       En fertilisation mixte et si c’est possible, il est vivement conseillé d’utiliser en plus de la fumure minérale, la matière organique appliquée en fumure de fond pour améliorer la structure du sol. Le fumier de ferme bien décomposé ou le compost peuvent être apportés avant le labour à la dose de 5 à 10 tonnes par hectare.

 

Etape 5 : Entretien

  • Désherbage chimique

Le désherbage chimique d’un champ de production de semences de maïs peut se faire avec un herbicide de prélevée ou avec un herbicide de post levée.

o   Cas d’herbicide de prélevée

Il s’applique immédiatement après le semis (avant 48 heures) pour empêcher l’enherbement du champ.

Pour bien réussir le désherbage chimique avec les herbicides de prélevée, il faut :

}  une bonne préparation du terrain et une application d’engrais de fond avant le semis ;

}  appliquer l’herbicide juste après le semis ou tout au plus le lendemain du semis sur un sol bien humide et propre ;

}  appliquer de façon uniforme l’herbicide sur toute la superficie du terrain ;

}  éviter de marcher dans le champ après le traitement herbicide pour ne pas réduire son efficacité.

 

Si l’herbicide est bien appliqué, le nombre de sarclage est considérablement réduit

Appliquer Lagon qui est un herbicide de prélevée des mauvaises herbes et du maïs à raison de 1 litre à l’hectare. D’autres herbicides de prélevée homologués peuvent être aussi utilisés. Dans ce cas, voir la notice d’utilisation.

o   Cas de l’herbicide sélectif de poste levée

Il s’applique dans les15 jours qui suivent le semis pour empêcher l’enherbement du champ.

Pour bien réussir le désherbage chimique avec les herbicides de poste levée, il faut :

}  une bonne préparation du terrain et une application d’engrais de fond après la levée au plus tard 15 jours après le semis ;

}  appliquer l’herbicide juste après l’épandage de l’engrais ;

}  appliquer de façon uniforme l’herbicide sur toute la superficie du terrain ;

}  éviter de marcher dans le champ après le traitement herbicide pour ne pas réduire son efficacité.

On peut également utiliser les herbicides totaux pour le désherbage avant le labour.

  • Désherbage manuel

Il consiste en un recours à la houe ou à la daba pour le sarclage et le sarclo-buttage. En cas d’entretien manuel, assurer le sarclage tous les 30 jours après le semis. Le sarclo-buttage est nécessaire juste après l’épandage de l’urée pour l’enfouir et protéger les plants contre la verse.

  • Le désherbage mécanique

Il consiste en un usage d’équipements spécifiques comme : le canadien en cas de culture attelée. A la fructification, on procède à un arrachage des herbes autour des plants avant la maturité de la culture.

·         Epuration des parcelles de multiplication

Cette opération vise à maintenir la pureté variétale d’une parcelle par arrachage des hors types, des plants malades, des plants d’autres espèces, etc. Elle est réalisée tout au long du cycle végétatif de la culture notamment :

}  à la levée ;

}  avant la sortie des fleurs mâles et femelles ;

}  à la fructification ;

}  à la récolte.

 

NB : Se référer au «Manuel du technicien semencier» pour la reconnaissance et le contrôle des nuisibles (les ravageurs, les maladies de la plantes et les mauvaises herbes)

 

Etape 6 : La récolte et les pratiques poste-récolte

La maturité de la culture de maïs se reconnait dès l’apparition du point noir au bout des grains ou quand il y a jaunissement des spathes. Elle intervient après 120, 110, 105, 90 ou 75 jours après semis selon le cycle de la variété choisie. La paille jaunit et se dessèche. Faire la récolte dès la maturité complète. Avant la récolte de la parcelle, le produit des lignes de bordure est éliminé du lot de semences.

Dans le cas de la production de semences de pré-base, les lignes femelles et les lignes mâles sont récoltées séparément. Dans tous les cas, il faut éviter le mélange des variétés.

Le Pré-séchage

Les épis non attaqués sont entreposés dans un crib où ils continuent de sécher pour que le taux d’humidité passe de 20% à 15%. Pendant ce temps, les épis sont traités à l’aide d’un insecticide sous forme liquide ou poudre pour leur éviter une infestation par les insectes. Les cribs aussi sont traités avec un insecticide liquide avant leur remplissage.

L’Egrenage des épis

Lorsque le taux d’humidité des épis dans le crib atteint 15% par rapport à la matière sèche, il faut égrener les épis au moyen d’une égreneuse mécanique ou électrique. Il ne faut jamais égrener des semences par battage au risque d’endommager les grains qui risquent de ne pas germer. Si la quantité de semences à égrener n’est pas importante, on peut utiliser des kits manuels qui permettent d’éliminer les tiers (1/3) des deux extrémités de l’épi qui sont livrés à la consommation et les grains du tiers médian sont égrenés et utilisés comme semences homogènes.

Nettoyage et Calibrage des grains

Les grains sont passés dans un appareil qui sert à les tamiser pour les débarrasser des impuretés et à séparer les grains suivant les calibres que l’on sollicite. Ici, les calibres recommandés sont de 8 ou 9mm.

Avec le kit manuel, il n’est plus besoin de calibrage parce que les grains sont uniformes.

Le Triage des grains

Les grains calibrés sont triés mécaniquement à l’aide d’une table densimétrique ou manuellement pour débarrasser le lot des grains cassés, perforés, moisis, etc.

Le Séchage des grains

Cette opération consiste à déshydrater le lot de semence à 12% pour permettre une conservation plus efficace et pour une durée relativement longue (1 à 2 ans).

La protection phytosanitaire des semences

Pour maintenir le bon état sanitaire, les graines sont enrobées dans un produit binaire liquide ou poudre composé souvent d’insecticide et fongicide qui les protège de toute contamination.

Au Bénin, on utilise en général le Sofagrain, l’actellic super ou le dadygrain qui sont des poudres insecticides dont la rémanence n’excède souvent pas 3 mois. On peut aussi utiliser l’actellic liquide, le Kothrine ou tout autre produit de conservation homologué.

Ces modes de protection phytosanitaire des semences de maïs permettent de les recycler pour être livrées à la consommation. Or, les semences de maïs devraient être traitées à l’aide d’un produit binaire (insecticide et fongicide) qui les rendrait impropres à l’alimentation humaine et animale.

Ensachage – Tarage – et Couture

Les semences traitées sont emballées dans des sacs de jute ou de polyéthylène tressés et tarés selon les textes règlementaires à : 5kg, 10kg, 25kg et 50kg avant d’être cousus soigneusement et étiquetés.

Ce qui faciliterait la distribution de semences de variétés améliorées et augmenterait leur utilisation.

Le stockage des semences

Les lots de semences ainsi conditionnés sont stockés dans des magasins appropriés à l’abri de l’eau et des ravageurs.

Les emballages sont disposés sur des palettes en bois préalablement traitées, pour faciliter la circulation de l’air. Disposer les emballages de manière à prévoir des allées de circulation le long du mur et entre les rangées.

Un bon stockage permet à la semence de conserver ses qualités physico chimiques et biologiques aussi longtemps que possible. La durée de conservation varie de 6 mois à 18 mois si la teneur en eau des grains est comprise entre 8% et 12%. Il est important de veiller à l’entretien périodique des magasins de stockage.

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