Quel marché pour le riz produit au Bénin ?

 

 

Cotonou ville portuaire par excellence, reçoit chaque année des centaines de milliers de tonnes de riz de provenances diverses. Une bonne partie des cargaisons de riz est destinée ou carrément est ré exportée vers les pays voisins. Le Nigéria, pays côtier aussi, en reçoit pourtant une grande partie. Les autres voisins, essentiellement les pays de l’hinterland sont destinataires. Naturellement le marché de Cotonou reçoit son lot et pourtant, le Bénin est réputé pays producteur de riz.

Aujourd’hui, les jeunes (dans la tranche d’âge de 0 à 30 ans) n’ont pas été nourris à la pâte de maïs comme ce fut le cas pour leurs aînés. En effet, la consommation du riz est en forte croissance depuis une trentaine d’années et la situation ne risque pas de changer tout de suite. Au plan national, le riz est le deuxième produit de très grande consommation après le maïs. Les habitudes alimentaires ont bien changé depuis. Dans les ménages, le riz qui se consommait seulement les dimanches est devenu le plat de tous les jours. Quel riz consomme le citoyen de Cotonou ?

 

Cotonou, la capitale économique ne connait pas le riz local

Il est bien curieux que le Gouvernement du Dr. Thomas Boni Yayi qui a énormément investis dans la promotion des filières agricoles n’ait rien fait pour ouvrir un marché stable et sécurisé pour le riz. Conséquence, le riz du Bénin n’est connu que sur les marchés locaux et presque pas du tout dans les marchés des grandes villes. Un pays à vocation agricole ne peut longtemps s’accommoder de cette situation. Il faut sortir de là…

 

Il faut sortir de là…

Oui il faut changer, non pas les habitudes alimentaires, mais le type de riz. Il y a quelques années les variétés de riz de bas fond cultivées au Bénin avaient un goût particulièrement repoussant. Mais depuis la mise au point des variétés NERICA, que ce soit en riz pluvial ou en riz de bas fond, le riz du Bénin n’a plus rien à envier aux riz importés. Cela, les jeunes ne le savent pas. L’autre contrainte à la pénétration du marché par le riz du Bénin est son coût relativement plus élevé que le riz importé. Comment comprendre que le riz du Bénin sorti d’usine (blanchis ou étuvé, décortiqué avec moins de 20% de brisure) revient à plus de 500 F CFA alors que le riz importé est vendu sur les marchés à Cotonou entre 350 et 450 F CFA ? La peur de retrouver ce goût très repoussant freine l’ardeur des consommateurs et les ménages ne sont pas non plus prêts à payer plus cher le riz. Face à cette situation, que faire ?

 

Deux choses à faire

Une des missions fondamentales de l’Etat est de promouvoir les activités des citoyens. Faire la promotion de la filière riz revient aussi à lui garantir un marché sécurisé. Pour cela, l’Etat doit règlementer l’importation du riz et subventionner sa production.

Règlementer l’importation revient à limiter l’importation à certaines catégories peut être luxe avec des taxes conséquentes pour éviter leur déversement massif sur le marché. Les quantités de riz ordinaire à importer seront décroissantes pour permettre à la production locale d’atteindre ses performances.

Subventionner la production revient à accorder des facilités aux producteurs : facilité d’accès aux semences, aux intrants, aux crédits ou à la transformation (décorticage). L’application de l’une ou de plusieurs de ces facilités doit permettre que le riz du Bénin soit de très bonne qualité (comparable au riz importé dont raffolaient les consommateurs) et à un prix relativement plus bas que le prix actuel du riz importé.

En faisant cela, l’Etat règlera plusieurs problèmes à la fois. Le tout premier est la création de milliers d’emplois. Le riz étant, comme le maïs, une denrée de première nécessité, sa disponibilité permanente est une source de sécurité alimentaire. L’amélioration des revenus des ménages actifs dans le secteur riz est source de paix sociale. La règlementation de l’importation du riz affaiblira le lobby des importateurs et les obligera à négocier avec les autres acteurs en vue de la création de l’interprofession. La filière ne s’en portera que mieux.

Joachim SAIZONOU

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